il y a 5 heures 5 min de lecture

L’Egypte, la Grèce et Chypre réaffirment leur alliance

L’Egypte, la Grèce et Chypre réaffirment leur allianceGazeti africa 55
8 septembre 2026
Partager : Fb X In

Samar Al-Gamal , Mardi, 08 septembre 2026

Le président Abdel Fattah Al-Sissi a reçu, mardi à Al-Alamein, sur la côte méditerranéenne, le premier ministre grec et le président chypriote. Il s’agit du 11e sommet entre les trois pays.

Une formule née en 2014 entre l’Egypte, la Grèce et Chypre est devenue en 12 ans l’un des cadres de coopération les plus réguliers de la région. Energie, frontières maritimes, sécurité, infrastructures, économie … Les ambitions du « partenariat stratégique » ne manquent pas et le mécanisme allait alors se réunir régulièrement à Nicosie, Athènes, en Crète et au Caire, jusqu’au dixième sommet tenu dans la capitale égyptienne en 2025.

Cette fois-ci, le sommet se tenait au moment de l’ouverture du Salon international de l’aéronautique, alors que leur sommet officiel était prévu à la fin de l’année à Chypre.

Mais lorsque le président Abdel Fattah Al-Sissi a réuni autour de lui son homologue chypriote Nikos Christodoulides et le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, la Méditerranée était différente de celle dans laquelle le trio avait commencé à se construire. Des guerres israéliennes dans la région, une guerre contre l’Iran, de nouveaux pactes de défense et surtout un rapprochement entre l’Egypte et la Turquie ont changé la nature des alliances régionales. En 2014, lorsque le mécanisme a été lancé, les relations entre Le Caire et Ankara étaient au plus bas. La coopération Egypte-Grèce-Chypre était alors souvent interprétée comme l’un des moyens, parmi d’autres, destinés à contenir l’influence turque.

Mais l’Egypte et la Turquie se sont depuis rapprochées. Erdogan s’est rendu au Caire en 2024 et Al-Sissi à Ankara la même année et, l’année suivante, les deux pays ont même organisé leurs premiers exercices navals conjoints en 13 ans et ont amorcé un rapprochement sur le dossier libyen. Et ce mouvement s’est encore élargi avec le format R4 (Regional 4) qui réunit l’Egypte et la Turquie avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, dont les contours se sont progressivement précisés depuis mars dernier. Plus tard, Ankara, Riyad et Islamabad ont signé l’accord de défense de La Mecque, prévoyant une clause de défense collective renforçant l’ancrage stratégique de la Turquie dans la région, mais l’Egypte s’est abstenue de rejoindre cette alliance, au moins pour le moment.

A Al-Alamein, il s’agissait désormais pour l’Egypte, la Grèce et Chypre de savoir si leur coopération pouvait conserver sa pertinence face à ces changements. Christodoulides avait résumé cet enjeu avant la réunion. Les deux grands dossiers étaient, selon lui, « les développements dans la région » et le « renforcement de la coopération trilatérale ». Les trois pays, a-t-il ajouté, peuvent « par une approche positive, créer les conditions de sécurité et de coopération dans une région d’une importance géostratégique particulière ».

Pour Athènes, les récentes évolutions ne signifient pourtant pas que la relation avec Le Caire perd de l’élan. Mitsotakis l’a formulé avant d’arriver en Egypte. Il a insisté sur le fait que l’accord de La Mecque « ne change rien » aux relations de la Grèce avec les pays du Moyen-Orient. « Nous avons une relation stratégique, géopolitique, militaire et énergétique avec l’Egypte, que j’aurai l’occasion de réaffirmer lors de la visite », a-t-il dit.

Le sommet intervient alors que l’Egypte cherche à maintenir une large marge de manœuvre dans ses relations internationales et régionales, sans appartenir à un axe exclusif ni se placer dans une polarisation aiguë. « Pour nous, ce triangle n’est pas un espace dans lequel il faut se positionner contre une autre partie. Il peut devenir un instrument parmi d’autres de notre politique régionale », explique un diplomate égyptien.

Le diplomate ne cache pourtant pas que Nicosie et Athènes avaient exprimé certaines réserves et « posé des questions » sur l’évolution des relations de l’Egypte avec Ankara.

L’Egypte n’a pas intérêt à laisser son partenariat avec la Grèce et Chypre être défini par la rivalité avec la Turquie. Elle ne veut pas abandonner les relations avec les deux capitales. Selon le diplomate, « la logique est celle d’une politique étrangère à plusieurs cercles et d’un équilibre stratégique ».

Les trois pays ont, en effet, réussi à construire des intérêts matériels qui rendent leur coopération moins dépendante des changements politiques.

L’Egypte possède les deux principales installations de liquéfaction de gaz de Méditerranée à Damiette et à Edku. Chypre dispose de réserves gazières offshore, alors que la Grèce dispose d’une porte d’entrée sur le marché européen. La même logique s’applique à l’électricité. Le projet GREGY doit relier l’Egypte à la Grèce par un câble sous-marin pouvant transporter jusqu’à 3 000 MW d’électricité renouvelable vers l’Europe d’ici 2031. Les frontières maritimes sont l’autre fondation du triangle. L’Egypte et Chypre ont conclu leur accord de délimitation des zones économiques en 2003 et Le Caire et Athènes ont fait de même en 2020. Le défi le plus important du sommet est probablement de montrer que la Méditerranée orientale peut passer d’une arène de concurrence sur les frontières et le gaz à un espace de coopération économique et, pour Le Caire, le véritable enjeu sera de maintenir cet équilibre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *