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Ormuz, le verrou d’une guerre aux contours incertains

Ormuz, le verrou d’une guerre aux contours incertainsGazeti africa 55
7 avril 2026
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Abir Taleb , Mardi, 07 avril 2026

Le détroit d’Ormuz est désormais l’épicentre de la guerre lancée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran. Sa réouverture — ou son blocage — pourrait faire basculer le conflit dans un sens comme dans un autre.

Sur quoi se sont réveillés les Iraniens ce mercredi matin ? La question préoccupait toute la région du Moyen-Orient, voire le monde entier, les jours et les heures qui ont précédé ce mercredi décisif dans la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. L’ultimatum lancé par le président américain, Donald Trump, à Téhéran pour qu’il rouvre le détroit d’Ormuz, faute de quoi « l’enfer s’abattra » sur l’Iran, a expiré dans la nuit du mardi 7 avril à mercredi 8 avril (ndlr : le journal a été imprimé avant l’expiration du délai). Avant l’ultimatum, le président américain a multiplié les mises en garde et a haussé le ton : menace de « détruire entièrement l’Iran », de cibler « tous les ponts et toutes les centrales électriques » et de les détruire en seulement « quatre heures ». « Le pays entier pourrait être détruit en une seule nuit », a-t-il lancé, affirmant qu’il ne « s’inquiétait pas » du risque de commettre des crimes de guerre en détruisant des infrastructures à usage avant tout civil.

En guise de réponse, Téhéran a dénoncé « la rhétorique grossière et arrogante » du président américain, évoquant des « menaces sans fondement du président américain dérangé » qui n’ont « pas d’effet sur la poursuite de l’offensive ». Un porte-parole des Gardiens de la Révolution a assuré que « si les attaques contre des cibles non civiles se répètent, la riposte sera beaucoup plus vigoureuse et d’une ampleur bien plus grande ». Les menaces de Trump sont « délirantes », a jugé le Haut commandement militaire iranien lundi 6 avril. L’Iran poursuivra la guerre « aussi longtemps que les responsables politiques le jugeront opportun », a renchéri l’un des porte-parole de l’armée iranienne.

Pour Téhéran, pas question de capituler. La menace d’un « enfer » formulée par le président américain laisse de marbre le régime et l’ampleur des menaces américaines ne le fait pas fléchir. Au contraire, Téhéran entend incarner aux yeux du monde la « résistance » face aux Etats-Unis et à Israël, initiateurs de l’offensive déclenchée le 28 février dernier.

La carte maîtresse de Téhéran

Le dédain affiché par les responsables iraniens trouve son origine en un point essentiel : l’importance majeure du détroit d’Ormuz pour le monde entier. Le régime de Téhéran en fait désormais un instrument de la souveraineté nationale, envisageant même de monnayer le passage à l’issue du conflit.

Loin de clarifier la situation, l’échéance de Trump cristallise au contraire une incertitude majeure : celle d’une guerre dont l’issue dépend désormais d’un corridor maritime. Un corridor où transite environ 20 % du pétrole mondial, ce qui en fait un point névralgique de l’économie globale. Le détroit d’Ormuz est ainsi devenu le véritable centre de gravité du conflit. Sa fermeture partielle ou totale par l’Iran a déjà provoqué une flambée des prix du pétrole, dépassant les 110 dollars le baril ces derniers jours. Mais au-delà de l’enjeu économique, Ormuz est désormais un levier stratégique et politique. Pour Washington, sa sécurisation est une ligne rouge et sa réouverture une question de crédibilité internationale. Pour Téhéran, son contrôle est un moyen de dissuasion face à une supériorité militaire adverse. Pour le reste du monde, c’est une ligne de fracture entre crise régionale et choc global.

Plusieurs trajectoires possibles

Ce moment charnière ouvre une séquence d’incertitude majeure. Entre démonstrations de force, menaces voilées et calculs diplomatiques, une question domine : jusqu’où l’escalade peut-elle aller sans basculer dans un conflit ouvert ? En fait, l’ultimatum de Trump s’inscrit dans une stratégie de pression maximale. Mais son efficacité repose précisément sur une ambiguïté : s’agit-il d’un prélude à une action militaire ou d’un outil de négociation ? A mesure que la date limite est franchie, plusieurs scénarios coexistent. Car l’expiration de l’ultimatum ne signifie pas nécessairement une escalade immédiate. Plusieurs trajectoires restent possibles, et aucune n’est encore tranchée. Il est possible de se diriger vers une escalade militaire. Si Trump met à exécution ses menaces, cela ouvrirait la voie à des représailles déjà évoquées par l’Iran, avec un risque d’embrasement régional. Il est aussi possible que le statu quo tendu soit maintenu : L’Iran pourrait maintenir la fermeture du détroit sans affrontement direct immédiat, installant une guerre d’usure. Ce scénario prolongerait la volatilité énergétique et l’incertitude diplomatique. Enfin, le troisième scénario est celui de la négociation sous la contrainte. Car malgré les menaces, des médiations restent en cours. Washington lui-même laisse entrevoir la possibilité d’un accord, même partiel. Mais la méfiance iranienne reste forte, Téhéran redoutant que tout cessez-le-feu serve de couverture à une nouvelle offensive.

Le danger majeur réside dans la logique d’engrenage. Dans une zone aussi militarisée que le Golfe, une erreur de calcul ou un incident isolé peut rapidement prendre une dimension disproportionnée. L’histoire récente a montré à quel point ces situations peuvent échapper au contrôle des acteurs eux-mêmes.

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