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Cameroun: Paul Biya de retour à Yaoundé après plus de 70 jours d’absence à Genève

Cameroun: Paul Biya de retour à Yaoundé après plus de 70 jours d’absence à GenèveGazeti africa 55
22 août 2026
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AFP, Vendredi 21 Août 2026

Au Cameroun, Paul Biya, président du pays depuis 1982, est rentré à Yaoundé jeudi 20 août, après plus de deux mois d’absence à l’étranger, essentiellement passés à Genève, en Suisse. Ce retour, préparé avec soin par les autorités, intervient après une période d’incertitude qui a relancé le débat sur la capacité du chef de l’État, âgé de 93 ans, à diriger le pays.

À la mi-journée, jeudi 20 août, le président camerounais, son épouse Chantal Biya et leur suite se trouvaient à bord d’un jet privé, parti de Genève, selon RFI. Selon les informations de RFI, les militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti présidentiel, avaient été mobilisés pour préparer au chef de l’État un accueil particulièrement enthousiaste, à Yaoundé.

Les autorités camerounaises ont mis en scène ce retour présidentiel. La CRTV, le groupe de médias du service public, a mobilisé 200 de ses agents pour la couverture en direct à la radio et à la télévision de l’événement, selon RFI. L’atterrissage et le trajet de 22 kilomètres emprunté par le cortège présidentiel, de l’aéroport au palais, ont été retransmis et commentés sur ces antennes.

Le dirigeant camerounais a quitté l’aéroport de Yaoundé jeudi soir en saluant la foule d’un geste de la main à travers la fenêtre de la voiture qui le conduisait vers sa résidence, le palais d’Etoudi, accompagné de son épouse. Plusieurs dizaines de militants du parti présidentiel, dont certains arboraient un pagne à l’effigie du président, étaient réunis à l’aéroport pour l’accueillir.

“Pour une démocratie comme la nôtre, c’est normal que l’absence prolongée d’un président suscite des interrogations. Mais cela n’a rien changé au fonctionnement du pays, qui a continué à fonctionner”, a défendu Gilles Owono, un enseignant de 30 ans présent à l’aéroport pour saluer le chef de l’État.

Rumeurs sur l’état de santé

Ce retour intervient après 73 jours d’absence du président camerounais de son pays. Paul Biya avait quitté la capitale le 7 juin pour un “court séjour privé en Europe”, selon la présidence. D’après la presse camerounaise, il se trouvait à Genève avec sa famille et quelques-uns de ses plus proches collaborateurs.

Ce temps d’absence record a fait fleurir de nombreuses rumeurs sur la situation du chef de l’État, notamment médicale. D’aucuns le disaient très malade et hospitalisé après une opération du genou, d’autres évoquaient des consultations de routine. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait démenti l’hospitalisation du dirigeant camerounais dans une clinique genevoise, en réaction à des articles de presse. Fin juin, en réponse à de nouveaux articles évoquant une dégradation de son état de santé, le gouvernement avait de nouveau démenti et assuré qu’il se trouvait au travail.

Toujours pas de gouvernement ni de vice-président 

Cette absence d’une longueur inédite a relancé le débat sur l’immobilisme du pouvoir camerounais. L’opposition a dénoncé un “vide institutionnel” et un pays en “pilotage automatique”, alors que la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président sont attendues depuis plusieurs mois.

James Fame Ndongo, cadre du parti présidentiel et ministre de l’Enseignement supérieur, a balayé fin juillet les accusations de vacance du pouvoir, arguant qu’”où il se trouve, le chef de l’Etat suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent (…) ses collaborateurs”.

“Cela ne change rien qu’il soit là ou pas. Quand il est là, il ne fait rien. Je ne pense donc pas qu’il soit nécessaire de participer à ce spectacle”, a fustigé Prosper Nkou Mvondo, leader du parti d’opposition Univers.

Le chef de l’État a-t-il mis à profit cette absence prolongée pour faire aboutir certaines de ses promesses, à l’instar de la formation d’un nouveau gouvernement annoncée il y a huit mois mais toujours attendue ? C’est ce que les Camerounais attendent de savoir, selon RFI, tout comme le nom de la personne qui sera désignée au poste de vice-président, créé en avril dernier. Tant qu’aucun vice-président n’a été nommé, il incomberait au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, de prendre le relais en cas de vacance du pouvoir, le temps qu’une élection présidentielle soit organisée.

La réélection du président camerounais à un huitième mandat, en octobre 2025, avait donné lieu à des manifestations réprimées dans le sang, le gouvernement reconnaissant “plusieurs dizaines” de morts sans fournir de bilan exact.

Les résultats, contestés par l’opposition, avaient suscité une certaine réserve parmi les chancelleries occidentales. Ce long séjour hors du pays a aussi nourri les spéculations quant à l’après-Biya. La course à sa succession reste cependant entourée d’un épais brouillard.

En verrouillant le commandement de son armée, confié à ses plus proches, et en remettant à des Israéliens l’encadrement des troupes d’élite et sa sécurité personnelle, le chef de l’État intimide jusqu’à son premier cercle. “Il suffit d’un petit coup de tête, et vous n’êtes plus rien du tout”, avait-t-il averti un journaliste vedette de la télévision publique qui l’interviewait en 1986.

“M. Biya a mis en pratique l’adage ‘diviser pour régner’ pour rester au sommet d’un système sans que puissent s’organiser, et encore moins se coaliser, les forces qui auraient pu lui disputer son pouvoir”, résume le politologue camerounais Stéphane Akoa.

Doyen des chefs d’État, au pouvoir depuis 1982

Deuxième président du Cameroun après l’indépendance du pays vis-à-vis de la France en 1960, le chef de l’État camerounais a été Premier ministre de 1975 à 1982 sous son prédécesseur Ahmadou Ahidjo, avant d’accéder à la présidence après la démission surprise de ce dernier. Seul candidat, il a été élu avec 100 % des suffrages en 1984, puis réélu en 1988, puis six fois encore après l’instauration du multipartisme en 1990.

Ces deux dernières décennies, le dirigeant camerounais a multiplié les séjours privés à l’étranger, notamment dans un très luxueux hôtel de Genève, où l’opposition l’accuse de dépenser des fortunes d’argent public. En 2018, l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) évaluait à quatre années et demi en 35 ans la durée cumulée de ces séjours, pour un coût total de 65 millions de dollars. Selon l’ONU, près de 40 % de la population camerounaise vit dans l’extrême pauvreté.

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