AFP, Vendredi 10 Avril 2026
Les Djiboutiens votent très timidement depuis vendredi matin pour une présidentielle censée, sauf énorme surprise, offrir un sixième mandat à Ismaïl Omar Guelleh qui dirige depuis bientôt 30 ans ce petit territoire stratégiquement situé et affronte un unique adversaire peu connu.
A mi-scrutin, six heures après l’ouverture officielle des bureaux à 06H00 (03H00 GMT), l’affluence reste faible dans la capitale, Djibouti-Ville, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Un peu plus de 256.000 citoyens sont appelés aux urnes, mais les assesseurs ont passé la matinée à attendre les électeurs qui se sont présentés au compte-goutte.
A la mi-journée, leur nombre semblait augmenter sensiblement, mais ils n’avaient pas besoin de faire la queue pour déposer leur bulletin dans l’urne.

Dans le centre de vote de l’Ecole primaire zone portuaire Sud, où votent de nombreux militaires, un bureau de vote avait enregistré peu avant midi (09H00 GMT) seulement 58 votes sur 395 inscrits (14,6%), un autre 55 sur 600 (9,1%). « C’est pas mal », assure une assesseure.
« Pour l’instant c’est assez calme », reconnaît Guled Abdulaïd, 52 ans, un militaire qui se décrit comme « un vieux compagnon de route d’IOG », le surnom par lequel les Djiboutiens appellent le chef de l’Etat, mais « les gens vont arriver plus tard ».
Les électeurs ont le choix entre un bulletin vert au nom du chef de l’Etat et un bulletin bleu au nom de son adversaire, Mohamed Farah Samatar, président du Centre démocrate unifié (CDU) – parti sans élu au Parlement – et personnalité peu connue de ses concitoyens.

adversaire invisible
« Par la grâce de Dieu, nous sommes arrivés ici et nous espérons que cela se terminera par une victoire », a déclaré Ismaïl Omar Guelleh après avoir voté peu avant midi au bureau de vote n°1 de la mairie de Djibouti, avec son épouse Kadra Mahamoud Haïd, au milieu d’un important dispositif de sécurité.Ce bureau affichait environ 10% de participation vers 11H00.M. Samatar, son adversaire, avait lui voté en milieu de matinée.Les bureaux fermeront à 18H00 (15H00 GMT) et les premiers résultats sont attendus dans la soirée.A la tête depuis 1999 de l’un des pays les moins peuplés du continent (un peu plus d’un million d’habitants), IOG a su faire fructifier cette position géographique, dans une Corne de l’Afrique par ailleurs troublée et théâtre de luttes d’influences étrangères.![Djibouti]()
Sur ses seulement 23.000 km2, Djibouti accueille des bases militaires de cinq puissances (France, Etats-Unis, Chine, Japon, Italie), engendrant d’importants bénéfices financiers, mais aussi sécuritaires et politiques.Cette ancienne colonie française, où l’islam est religion d’Etat, borde le détroit de Bab-el-Mandeb donnant accès à la mer Rouge depuis le golfe d’Aden et par lequel transite une grande part du commerce entre Asie et Occident.En 2021, lors d’une présidentielle largement boycottée par l’opposition, le chef de l’Etat a été réélu avec plus de 97% des voix.
– Chômage et dette

Dans les rues de Djibouti-Ville, les affiches électorales vantent toutes les mérites d’IOG. Le visage de son adversaire est invisible.
« Je vais voter pour Ismaïl Omar Guelleh (…) je ne connais même pas le visage » de M. Samatar, indiquait la veille du scrutin Deka Aden Mohamed, chômeuse de 38 ans.
Les autorités djiboutiennes sont régulièrement pointées du doigt pour la répression des voix dissidentes. L’opposition, fragmentée et « muselée » selon la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), est inaudible.
Djibouti pointe au 168e rang sur 180 du classement 2025 sur la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), qui décrit un « paysage médiatique (…) complètement verrouillé » et se limitant « presque exclusivement aux médias d’Etat ».
Ismaïl Omar Guelleh avait annoncé qu’il passerait la main en 2026, mais une révision constitutionnelle en novembre a levé la limite d’âge des candidats à la présidentielle, lui permettant de se représenter.
Son entourage présente cette nouvelle candidature comme justifiée par une nécessaire « stabilité » dans une région troublée, mais des analystes estiment qu’elle est surtout motivée par les risques de fracturation du régime que fait peser l’absence de successeur faisant l’unanimité.
Diplomates et analystes s’interrogent néanmoins sur l’état de santé du président, âgé de 78 ans et qui se déplace avec difficulté.
Pénalisé par un climat aride peu propice à l’agriculture (environ 1% du PIB), Djibouti a misé sur le développement des activités portuaires qui assurent désormais 70% de son PIB, mais le rendent dépendant des soubresauts régionaux, notamment de la situation en Ethiopie dont les marchandises représentent l’écrasante majorité du trafic.
Quelque 70% des jeunes sont au chômage et le développement des infrastructures du pays s’est fait au prix d’une importante dette, surtout vis-à-vis de la Chine.


