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« Un coup d’État constitutionnel » : au Cameroun, Paul Biya se choisit un vice-président et verrouille sa succession

« Un coup d’État constitutionnel » : au Cameroun, Paul Biya se choisit un vice-président et verrouille sa successionGazeti africa 55
5 avril 2026
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Le Point, Dimanche 5 Avril 2026

Promulguée après un vote écrasant au Parlement, la création d’un poste de vice-président nommé directement par le doyen des chefs d’État, âgé de 93 ans, ravive les inquiétudes sur sa succession. La réforme divise la classe politique et la société civile.

Le vote est massif, presque sans appel : 205 voix pour, 16 contre. Réuni en Congrès à Yaoundé, le Parlement camerounais — dominé par les députés et sénateurs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir — a entériné la création d’un poste de vice-président, nommé par le chef de l’État. Une réforme qui, sur le papier, vise à « garantir la continuité de l’État » en cas de vacance du pouvoir.

Mais au Cameroun, où Paul Biya règne depuis 1982 et vient d’être réélu à 93 ans pour un huitième mandat, la question de la succession ne relève pas du simple toilettage institutionnel. Elle est au cœur de toutes les spéculations.

Dans ses colonnes, Le Journal du Cameroun souligne que la réforme modifie en profondeur l’ordre de succession, reléguant le président du Sénat au second plan au profit d’un vice-président directement désigné par le chef de l’État. Une rupture majeure dans l’architecture constitutionnelle.

Présentée comme une innovation institutionnelle, la création d’un vice-président s’inscrit en réalité dans une continuité historique. Le poste existait déjà entre 1960 et 1972, à l’époque du Cameroun fédéral, avant d’être supprimé par la Constitution de 1972 qui a consacré l’État unitaire.

Sa réintroduction aujourd’hui interroge : s’agit-il d’un simple ajustement institutionnel… ou d’un outil politique réactivé dans un contexte de fin de règne ?

“Coup d’État constitutionnel” ou continuité républicaine ?

À peine adoptée, la réforme déclenche une avalanche de critiques. Pour Maurice Kamto, leader du MRC, il ne s’agit de rien de moins qu’un « coup d’État constitutionnel ». Dans une longue déclaration, il accuse le régime de préparer une « transmission du pouvoir de gré à gré », sans passer par les urnes.

Même tonalité chez Issa Tchiroma Bakary, qui dénonce une « dérive monarchique » et appelle à la mobilisation pour « rétablir la vérité des urnes ».

Dans l’hémicycle, les fissures apparaissent jusque dans la majorité. Le sénateur René Zé Nguelé s’interroge publiquement sur « la précipitation suspecte » du processus. Un signal rare dans un système politique réputé verrouillé.

Une opposition divisée mais vent debout

Si les critiques convergent, les stratégies divergent. Le Social Democratic Front de Joshua Osih a boycotté le vote, dénonçant une réforme « précipitée » et sans débat.

De son côté, Cabral Libii choisit une ligne plus politique : renvoyer le combat aux urnes. « Ce qui a été fait peut être défait », affirme-t-il, appelant à une mobilisation pour les législatives de 2027.

Une autre voix, plus analytique, s’élève au sein du SDF. L’universitaire Louis-Marie Kakdeu met en garde contre un mécanisme potentiellement infini de succession sans élection : un vice-président nommé pouvant lui-même désigner son successeur.

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