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Tunisie : Hausse des saisies de cocaïne et évolution des routes du trafic en Afrique du Nord 

Tunisie : Hausse des saisies de cocaïne et évolution des routes du trafic en Afrique du Nord Gazeti africa 55
1 novembre 2026
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Un Dossier de l’Agence Tunisienne de Presse (TAP), Dimanche 1er Novembre 2026

Tunis,1 nov. (TAP)-La Tunisie enregistre depuis plusieurs années une tendance à la hausse des quantités de cocaïne saisies lors des opérations sécuritaires et douanières de lutte contre les stupéfiants.

Parallèlement, des rapports internationaux font état d’une utilisation croissante de l’Afrique du Nord comme corridor de trafic vers l’Europe, deuxième plus grand marché mondial de la cocaïne après l’Amérique du Nord.

Les chiffres officiels des saisies ainsi que les déclarations de responsables de la douane et du ministère de l’Intérieur confirment cette tendance à la hausse.

En effet, en octobre dernier, la douane a annoncé avoir saisi plus de 101 kg de cocaïne au cours des neuf premiers mois de 2026, contre 94 kg sur l’ensemble de l’année 2025 et 33 kg en 2024.

Au niveau du ministère de l’Intérieur, le chef du service de lutte contre les stupéfiants de la direction de la police judiciaire d’El Gorjani, Mohamed Ali Chaïbi, a indiqué que les quantités saisies avaient été multipliées par près de « mille » en dix ans, passant d’environ 150 grammes en 2013 à plus de 140 kg en 2023.

De « quantités importantes » transitent par la frontière avec la Libye

Chaïbi avait déclaré à la Télévision nationale que cette hausse est due en partie, au trafic à travers la frontière avec la Libye, longue d’environ 460 km, par laquelle transitent de « grandes quantités » de drogues, dont la cocaïne.

La Libye connaît une situation d’instabilité depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, marquée par une division du pouvoir entre deux gouvernements, l’un reconnu internationalement dans l’ouest du pays et l’autre dans l’est.

Le pays, devenu une « alternative moins coûteuse et plus facile » pour le transit, le stockage et la distribution de drogues en Afrique du Nord et au-delà, est passé du statut de simple pays de transit à celui de « nouveau pôle émergent du trafic de cocaïne », notamment vers l’Europe et le Moyen-Orient, selon un rapport publié en janvier 2026 par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Intitulé « Dynamique du trafic de drogues en Libye et à travers l’Afrique du Nord : tendances et implications », ce rapport est le premier document international consacré au rôle de la Libye dans le trafic des différentes catégories de drogues.

Il relève également des « répercussions » sur la Tunisie, où différentes sortes de stupéfiants en provenance de Libye font leur apparition.

Les services sécuritaires et douaniers tunisiens annoncent régulièrement avoir déjoué des tentatives de trafic de cocaïne au niveau du poste-frontière de Ras Jedir, entre les deux pays.

En février 2026, près de 30 kg de cocaïne ont été saisis à ce poste-frontière à l’intérieur d’un véhicule immatriculé à l’étranger en provenance de Libye. Il s’agit de l’une des plus importantes saisies de cette substance.

Selon les Nations unies, la cocaïne arrive en Libye par deux principales voies. Par voie maritime, des cargaisons « importantes » et « directes » en provenance de l’Équateur, de la Colombie et du Brésil sont acheminées vers les ports libyens à bord de navires commerciaux, dissimulées dans des conteneurs.

Certains navires peuvent faire escale à Malte et dans « d’autres ports de la Méditerranée », où la drogue est transférée sur des embarcations plus petites en direction de la Libye.

Par voie terrestre, la cocaïne est acheminée depuis l’Afrique de l’Ouest à travers le désert du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger, jusqu’aux frontières Sud de la Libye.

Des groupes armés opérant dans la région du Sahel, devenue selon l’ONU un « foyer » du terrorisme mondial, assurent la protection des véhicules tout-terrain et des camions transportant la cocaïne vers le sud de la Libye, en contrepartie de taxes ou d’une « part » de la drogue.

Des rapports européens indiquent que les réseaux de criminalité organisée ont « intensifié » leur recours aux routes d’Afrique de l’Ouest et du Nord après le renforcement des contrôles douaniers et sécuritaires dans les grands ports européens, notamment Anvers, en Belgique, et Rotterdam, aux Pays-Bas, qui ont longtemps constitué les principaux points d’entrée de la cocaïne en Europe.

Un « flux inversé » depuis les ports européens

La cocaïne qui arrive en Tunisie ne provient pas uniquement de Libye. Le rapport onusien a également relevé un « flux inversé » depuis des ports européens, tels que Marseille et Gênes, vers des ports tunisiens, notamment La Goulette et Radès. Les cargaisons sont dissimulées dans des voitures particulières ou des camions commerciaux embarqués à bord de navires assurant le transport de passagers et de véhicules.

Le rapport attribue ce « phénomène » à des « failles dans les contrôles aux frontières » dans les ports européens concernant les cargaisons à destination du sud de la Méditerranée. Cette situation s’expliquerait notamment par le fait que les autorités européennes continuent de considérer l’Afrique du Nord comme une « zone de transit et un centre d’exportation de cocaïne et d’autres drogues, et non comme une destination ».

Une « partie » de la cocaïne acheminée par ces « flux inversés » est destinée au « marché tunisien local », tandis qu’une « autre partie est redistribuée dans les pays voisins ».

Les prix élevés en Tunisie pourraient inciter les réseaux criminels

Par ailleurs, des sources estiment que les prix élevés de la cocaïne en Tunisie, comparativement à l’Europe où l’offre est « abondante », pourraient constituer un facteur d’attraction pour les réseaux criminels.

Le prix du kilogramme de cocaïne en Tunisie atteint 300 mille dinars, selon Chaïbi, contre 25 mille euros (environ 84 mille dinars) à 43 mille euros (près de 144 mille dinars) en Europe, selon le rapport européen sur les drogues 2026, publié par l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA).

La production de cocaïne en Amérique du Sud a atteint un niveau sans précédent, dépassant les 4 mille tonnes en 2024, selon le Rapport mondial sur les drogues 2026, publié par l’ONUDC.

Ce rapport, qui constitue une référence annuelle des Nations unies pour le suivi des tendances de la production, du trafic et de la consommation de drogues, indique que la cocaïne a « pénétré les marchés de détail » en Afrique du Nord.

L’essor de la production pousse les réseaux criminels à rechercher de nouveaux marchés et itinéraires, notamment en Afrique du Nord, dont la position géographique permet de réorienter les cargaisons vers des marchés « émergents » du sud et de l’est de l’Europe ainsi que du Moyen-Orient.

Face à ce phénomène, le chef du service de lutte contre les stupéfiants de la direction de la police judiciaire d’El Gorjani a souligné l’importance de la coopération internationale, notamment avec les pays voisins, à travers des « enquêtes conjointes » et des « échanges d’informations sur les réseaux internationaux », dans le cadre des accords bilatéraux et internationaux.

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