AFP, Mercredi 07 Octobre 2026
Près de dix mois après une finale complètement folle, l’épilogue de l’histoire de la Coupe d’Afrique des nations de football semble enfin se rapprocher. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) examinera jeudi, à Lausanne, le recours du Sénégal contre la victoire attribuée au Maroc sur décision administrative.
Le chercheur en droit du sport à l’Université de Lausanne, Thibault Ulrich, a déclaré à l’AFP qu’il s’agissait d’une « situation exceptionnelle », soulignant qu’il n’était jamais arrivé qu’une sélection soit « dépossédée d’un titre remporté sur le terrain et validé par l’arbitre ».
À partir de 09h30, le Français Gérald Simon, l’Italien Luigi Fumagalli et l’Allemand Ulrich Haas écouteront, au bord du lac Léman, lors d’une audience à huis clos, les représentants des fédérations sénégalaise et marocaine ainsi que ceux de la Confédération africaine de football (CAF).
Le tribunal a prévenu qu’aucune décision ne serait rendue jeudi, mais que « la formation arbitrale entamera ses délibérations » dès la fin de l’audience, laissant entrevoir une conclusion rapide après plusieurs mois de polémique.
– « Un hold-up administratif » –
Le Sénégal avait été sacré champion d’Afrique le 18 janvier dernier à Rabat en battant le Maroc 1-0 après prolongation, au terme d’une rencontre marquée par une grande confusion.
Une grande partie des joueurs sénégalais avait quitté la pelouse pour protester contre un penalty accordé aux Marocains dans le temps additionnel et manqué par Ibrahim Díaz. Ils n’étaient revenus sur le terrain qu’un quart d’heure plus tard, avant d’inscrire le but de la victoire pendant la prolongation.
Saisie par la Fédération marocaine, la commission d’appel de la CAF avait décidé, le 17 mars, de donner match perdu au Sénégal sur le score de 3-0, en raison de l’abandon de la pelouse par ses joueurs. Elle s’était appuyée sur les articles 82 et 84 du règlement de la Coupe d’Afrique des nations, qui interdisent de « quitter le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre ».
La Fédération sénégalaise avait dénoncé « le plus grave hold-up administratif de l’histoire de notre sport » et conservé le trophée, qu’elle avait même présenté à la communauté sénégalaise fin mars au Stade de France, dans la région parisienne.
En saisissant le TAS, le Sénégal cherche à récupérer son titre de champion d’Afrique et relance plus largement un débat portant sur les principes fondamentaux du sport et sur l’autorité des arbitres.
Selon Thibault Ulrich, la commission d’appel de la CAF a adopté une « lecture extrêmement stricte » du règlement de la compétition, sans tenir compte du fait que l’arbitre de la finale, le Congolais Jean-Jacques Ndala, avait autorisé la reprise du match après le retour des Sénégalais sur le terrain.
– « Soupçons de corruption » –
La Loi 5.2 des Lois du jeu, éditées par l’International Football Association Board (IFAB) et applicables à tous les acteurs du football, stipule que « les décisions de l’arbitre concernant les faits de jeu sont définitives, notamment pour déterminer si un but est marqué et le résultat du match ».
En écho direct au scénario de cette finale, l’IFAB précise également que « l’arbitre ne peut pas modifier une décision concernant une reprise du jeu », même s’il se rend compte qu’elle est incorrecte.
Selon M. Ulrich, cette règle renforce la « doctrine du terrain », consacrée depuis longtemps par la jurisprudence du Tribunal arbitral du sport, selon laquelle les décisions sportives prises par l’arbitre ne peuvent être contestées, sauf s’il est établi que celui-ci a été corrompu ou a agi de mauvaise foi.
« L’objectif est de préserver l’intérêt des compétitions. Leur résultat doit être déterminé sur le terrain et au même moment, et non par des juges ultérieurement, sinon nous perdrons tous les supporters », explique-t-il.
Parallèlement à ce débat juridique, le gouvernement sénégalais avait demandé, le 18 mars, l’ouverture d’une enquête internationale sur des « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes » de la Confédération africaine. En réponse, l’instance continentale avait défendu « l’indépendance » de ses organes disciplinaires.
La CAF avait toutefois limogé, sans en préciser la raison, l’expert juridique djiboutien Yassine Osman Robleh, chargé depuis six ans de garantir l’intégrité des procédures de la confédération, quinze jours avant la décision de la commission d’appel.

