GMI, Mercredi 25 Mars 2026
Au Gabon, la question énergétique demeure au cœur des préoccupations économiques et sociales. Malgré des investissements importants réalisés ces dernières années, les difficultés d’approvisionnement en électricité persistent, notamment dans la capitale Libreville et ses environs. Cette situation illustre les défis structurels auxquels fait face le secteur énergétique dans plusieurs pays africains.
Des investissements massifs pour moderniser le réseau
Entre 2024 et 2025, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a mobilisé près de 500 milliards de francs CFA pour améliorer la production et la distribution d’électricité. Selon son directeur général, Steeve Saurel Legnongo, ces fonds ont permis de renforcer les infrastructures existantes et de répondre à l’urgence énergétique rapporte GabonActu.
L’appui de l’État gabonais a joué un rôle déterminant dans cette dynamique, notamment après la reprise du contrôle de l’entreprise à la suite du retrait du groupe français Veolia. Cette nouvelle configuration capitalistique a permis d’orienter les investissements vers des priorités nationales, avec un accent particulier sur la sécurisation de l’approvisionnement.
Les ressources engagées ont servi à l’acquisition d’équipements destinés à la maintenance du réseau, à l’achat de groupes électrogènes et au règlement de dettes accumulées auprès de prestataires. Ces actions visent à stabiliser un système longtemps fragilisé par des insuffisances techniques et financières.
Une capacité en hausse mais encore insuffisante
Selon des sources concordantes, ces investissements devraient permettre une augmentation progressive de la capacité de production, estimée à environ 150 mégawatts supplémentaires d’ici fin 2026. Une première tranche d’environ 50 mégawatts est attendue à court terme, ce qui pourrait atténuer partiellement les tensions sur le réseau.
Cependant, cette montée en puissance reste en deçà des besoins réels du pays, où la demande en électricité continue de croître sous l’effet de l’urbanisation et du développement économique. Le défi consiste désormais à accompagner cette croissance par des infrastructures adaptées et durables.
Des tensions persistantes dans le Grand Libreville
Malgré ces efforts de 500 milliards de FCFA pour l’électricité, les habitants du Grand Libreville continuent de subir des coupures récurrentes d’électricité. Ces délestages affectent la vie quotidienne des populations et pèsent sur les activités économiques, notamment dans les secteurs dépendants d’une alimentation énergétique stable.
La situation a récemment été aggravée par les tensions avec la société turque Karpowership, fournisseur d’une part significative de l’électricité injectée dans le réseau national. L’entreprise aurait envisagé une suspension de ses activités en raison d’impayés importants, estimés à plusieurs milliards de francs CFA.
Bien qu’une coupure générale ait été évitée, cet épisode a suscité de vives inquiétudes au sein de la population et relancé le débat sur la dépendance énergétique du pays. Certains observateurs y voient une question stratégique touchant à la souveraineté nationale.
Un enjeu stratégique pour l’avenir
Au-delà de la gestion immédiate de la crise, le Gabon doit relever un défi de long terme : celui de bâtir un système énergétique résilient, capable de répondre aux besoins croissants tout en garantissant une certaine autonomie.
Les investissements récents constituent une première étape, mais leur efficacité dépendra de la mise en œuvre de réformes structurelles, de la diversification des sources d’énergie et de la consolidation de la gouvernance du secteur.
Dans un contexte international marqué par la transition énergétique, le pays est appelé à repenser son modèle pour concilier performance économique, sécurité d’approvisionnement et durabilité environnementale.

