Les Nations unies ont exprimé leur indignation après la mort d’une employée de l’UNICEF à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo. Karine Buisset, humanitaire de nationalité française, a été tuée lors d’une frappe de drone visant un bâtiment où se trouvaient des travailleurs humanitaires.

Goma, la grande ville de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) tombée aux mains du groupe antigouvernemental M23 (« Mouvement du 23 mars ») en janvier 2025, a été visée dans la nuit de mardi à mercredi par des frappes aériennes. Des sources humanitaires ont fait état de plusieurs sites visés et de plusieurs personnes tuées.
Parmi les victimes décédées figure une humanitaire française de l’Unicef. « Karine Buisset, de nationalité française et employée par l’Unicef en RDC a été tuée aujourd’hui », a annoncé mercredi matin l’Alliance fleuve congo (AFC), un mouvement politico-militaire dont fait partie le M23, sur Facebook.
Des sources humanitaires et les secours dépêchés sur place ont confirmé à l’AFP que cette ressortissante française avait été tuée pendant la nuit par une frappe sur une maison où elle résidait. Celle-ci est située dans le quartier de Himbi, un quartier aisé et résidentiel de Goma, situé au bord du lac Kivu, où sont installés nombre d’expatriés, de personnels et de sièges d’organisations humanitaires.
Elle était « une membre éminente et respectée du personnel de l’Unicef », selon Lawrence Kanyuka, la porte-parole de l’AFC, qui a partagé des photos de la maison où logeait l’humanitaire. Celle-ci a été gravement endommagée par les frappes, partiellement incendiée, et sa toiture détruite. Les murs et le mobilier sont apparus criblés de petits impacts ressemblant à l’explosion d’une bombe à fragmentation.
« Le soutien et l’émotion de la Nation »
Contacté par Le Parisien, l’Unicef nous indique que Karine Buisset était employée de l’agence onusienne depuis un peu plus de deux ans, qu’elle était âgée d’une cinquantaine d’années et qu’elle était maman.
« À sa famille, à ses proches, à ses collègues, j’adresse le soutien et l’émotion de la Nation », a réagi Emmanuel Macron sur le réseau social X, appelant « au respect du droit humanitaire et des personnels qui sont sur place et qui s’engagent pour sauver des vies ».
Selon des témoins, des détonations ainsi que des bruits de drones ont été entendus dans la nuit à Goma. Outre la maison de l’humanitaire endommagée, des éclats ont touché des maisons voisines, a constaté un correspondant de l’AFP présent sur place.
Des pompiers, des personnels de la Mission des Nations unies, et des responsables du M23 étaient également présents sur le site mercredi matin.
L’origine des frappes pas établie
Selon l’AFC, le bilan provisoire de ces frappes était mercredi matin de trois morts. L’origine de cette attaque n’est à ce stade pas établie mais l’AFC l’attribue au « régime de Kinshasa ».
Des sources sécuritaires contactées par l’AFP estiment que les frappes visaient des responsables ou des proches du groupe armé M23, et que la maison occupée par cette humanitaire française a été touchée par erreur – de vastes résidences du quartier de Himbi ayant été réquisitionnées par des cadres du M23 après la prise de la ville.
Aucun débris de drone ou de projectile n’a été identifié à ce stade, selon les secours présents sur place.
Le M23 s’est emparé depuis fin 2021, avec le soutien du Rwanda et de son armée, de vastes pans de territoire dans la partie orientale de la RDC, riche en ressources et ravagée depuis trente ans par des conflits, rappelle l’AFP. En janvier 2025, après une offensive fulgurante faisant plus de cent morts et des milliers de blessés, le groupe paramilitaire d’origine tutsie a totalement pris le contrôle de Goma.
Les forces de Kinshasa sont positionnées à plusieurs centaines de kilomètres de Goma, et mènent régulièrement des frappes de drones à longue portée sur les positions du M23 dans l’est. Le M23 fait également usage de drones kamikazes sur le front, selon des sources sécuritaires.
La RDC et le Rwanda ont entériné début décembre un fragile accord de paix sous l’égide de Washington, qui n’a pas mis fin aux combats. L’Angola, un autre médiateur dans le conflit de l’est, a proposé à Kinshasa et au M23 d’observer un cessez-le-feu à compter du 18 février, sans plus d’effet sur le terrain. Les États-Unis ont annoncé début mars des sanctions contre l’armée rwandaise pour son soutien M23 dans l’est.
Avec AFP

