Plusieurs fois annoncée mais longtemps différée, la réforme constitutionnelle et institutionnelle n’est plus une simple hypothèse. Désormais libérée de la contrainte du calendrier électoral, la présidence camerounaise va pouvoir reprendre les bases des principales modifications prévues.
L’hypothèse d’une révision de la Constitution de 1996, accompagnée d’une vaste réforme institutionnelle, circulait déjà bien avant le scrutin présidentiel d’octobre 2025 dans les cercles du pouvoir, sans jamais être officiellement assumée. Cette fois, elle semble en bonne voie de se concrétiser. Selon des sources concordantes au sein de l’appareil d’État, le projet est désormais techniquement prêt.
Les travaux, pilotés depuis plus d’un an par les services de Paul Biya à la présidence de la République, ont été menés sous la coordination du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, entouré notamment du conseiller juridique Jean-Claude Awala Wodougué, du politiste Luc Sindjoun et d’un cercle restreint de constitutionnalistes. Selon nos informations, les principales orientations de la réforme à venir ont été stabilisées. La question n’est donc plus de savoir si elle sera lancée mais plutôt quand.
L’hypothèse d’une mise en route prochaine, qui pourrait se faire lors d’une session parlementaire extraordinaire, circule avec insistance. Une telle procédure serait conforme à l’article 63 de la Constitution, qui confère au président de la République et aux membres du Parlement l’initiative de la révision constitutionnelle, sous réserve d’une adoption à la majorité des trois cinquièmes.
Une recomposition institutionnelle en gestation
Au cœur du projet : une recomposition progressive de l’architecture de l’État, dans le prolongement du processus de décentralisation engagé depuis la réforme du Code général des collectivités territoriales décentralisées en 2019. L’augmentation du nombre de représentants dans les institutions locales et nationales (Assemblée nationale, conseils régionaux) est à l’étude, tout comme un redécoupage administratif impliquant notamment la création de nouvelles communes et unités territoriales.
Dans le même mouvement, la révision du décret du 15 juillet 1977 qui organise les chefferies traditionnelles refait surface. L’objectif est de renforcer leur statut au sein des Conseils régionaux, conformément à la reconnaissance constitutionnelle du rôle des autorités traditionnelles dans le processus de décentralisation.
Le cœur du projet : l’exécutif
Mais c’est surtout au niveau de l’exécutif que la réforme pourrait déboucher sur des changements structurels majeurs. La création d’un poste de vice-président de la République, régulièrement évoquée depuis les années 2000, est au cœur des discussions. La Constitution actuelle prévoit qu’en cas de vacance du pouvoir, l’intérim est assuré par le président du Sénat. La création d’un poste de vice-président viendrait profondément modifier cet équilibre institutionnel. Selon nos sources, la piste privilégiée est que le futur vice-président soit nommé plutôt qu’élu. Une option cohérente avec la nature présidentialiste du régime camerounais, qui fait du chef de l’État le garant de la permanence et de la continuité de l’État.
L’âge requis pour se porter candidat à la présidentielle – 35 ans minimum actuellement -, tout comme la durée du mandat, actuellement fixée à sept ans, pourraient également être revus à la baisse.
Parallèlement, le chantier du Code électoral pourrait être rouvert, afin d’adapter les procédures de vote et de dépouillement, souvent critiquées par l’opposition et les observateurs internationaux. Selon notre source, ces dispositions auraient été évoquées dans le cadre de discussions visant à ramener Issa Tchiroma Bakary dans un processus de dialogue politique.
Si elle continue d’alimenter le débat public, la question de la double nationalité, actuellement non légalement reconnue au Cameroun, ne figure pas dans le projet actuel.
Source : Jeune Afrique

