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Egypte : Remaniement massif dans les gouvernorats

Egypte : Remaniement massif dans les gouvernoratsGazeti africa 55
21 février 2026
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Le remaniement des gouverneurs marque une nouvelle étape dans la gouvernance territoriale, plaçant performance, développement économique et proximité citoyenne au coeur des priorités fixées par le président Abdel Fattah Al-Sissi. 

Au palais présidentiel d’Héliopolis, 20 nouveaux gouverneurs et 12 adjoints ont prêté serment le 16 février devant le président Abdel Fattah Al-Sissi. Par son ampleur (20 gouverneurs remplacés sur les 27 que compte le pays), ce remaniement dépasse largement le cadre d’un ajustement administratif. Il marque une reconfiguration profonde de la gouvernance territoriale dans le cadre de la « nouvelle République ».

Au-delà du nombre, c’est la nature des profils qui traduit un tournant. La nouvelle composition témoigne d’un recul inédit des responsables issus des milieux militaires et sécuritaires au profit de figures civiles, académiques et technocratiques, qui représentent désormais plus de 70 % des nominations. Cette évolution ne traduit pas un désaveu des compétences sécuritaires, mais un déplacement des priorités nationales : d’une phase centrée sur la stabilisation à une autre orientée vers le développement durable, la modernisation des services et l’optimisation des ressources. Des universitaires, ingénieurs et spécialistes de la planification urbaine émergent ainsi au premier plan, incarnant une approche davantage axée sur la gestion et la performance.

Cette dynamique de renouvellement est accompagnée toutefois d’une continuité assumée dans les zones stratégiques. Le maintien du gouverneur du Caire, ainsi que de celui du général Khaled Megawer au Nord-Sinaï reflète une lecture différente des priorités. Dans cette province sensible, la stabilité sécuritaire demeure essentielle. Le message est clair : modernisation là où elle est possible, continuité là où elle est nécessaire.

Recommandations présidentielles

Les recommandations présidentielles constituent le socle de cette nouvelle phase. Le chef de l’Etat a rappelé que le gouverneur est le miroir de l’Etat dans sa juridiction et que sa réussite se mesure à l’impact concret de son action sur la vie quotidienne. Présence permanente sur le terrain, dialogue direct avec les citoyens et fermeté face à la négligence administrative forment les trois piliers de la feuille de route. Les gouverneurs sont appelés à superviser personnellement les services essentiels : propreté, marchés, boulangeries, distribution des produits de base, afin de restaurer la confiance entre administration et population.

La dimension économique occupe une place centrale dans cette orientation. Les gouverneurs deviennent des moteurs du développement local, chargés de lever les obstacles bureaucratiques, d’attirer les investissements et de stimuler l’emploi. Les provinces touristiques sont particulièrement concernées, le tourisme étant perçu comme un levier stratégique de croissance et de devises. Chaque gouvernorat est désormais invité à mobiliser ses ressources propres et à soutenir les activités productives locales, dans un contexte de réformes structurelles.

La gestion du foncier demeure également prioritaire. La lutte contre les constructions illégales et l’empiètement sur les terres agricoles touche directement à la sécurité alimentaire nationale. Les gouverneurs doivent en outre piloter la deuxième phase de l’initiative « Hayat Karima », vaste programme de modernisation rurale visant à améliorer durablement les conditions de vie dans les villages, ce qui exige une coordination étroite entre autorités centrales et exécutifs locaux.

Dans son analyse, le professeur de sciences politiques Hassan Salama estime que ce remaniement intervient à un moment charnière. Il rappelle que l’Etat a investi plus de 10 000 milliards de L.E. au cours de la dernière décennie pour moderniser les infrastructures, routes, ponts, réseaux et centrales énergétiques, renforçant ainsi la capacité productive du pays. La nouvelle génération de gouverneurs est appelée à transformer ces investissements en croissance locale tangible.

Selon lui, les orientations fixées par le président Al-Sissi s’articulent autour de priorités claires : accroître la production nationale, réduire le déficit de la balance commerciale, dynamiser l’économie provinciale et accorder une attention particulière aux catégories à revenus modestes et intermédiaires. L’objectif central demeure l’amélioration concrète des conditions de vie.

Le politologue souligne que ce remaniement consacre l’émergence d’un gouverneur-manager, à la fois administrateur, acteur économique et relais direct des orientations présidentielles. La centralisation stratégique est accompagnée d’une responsabilisation accrue sur le terrain. La réussite de cette nouvelle doctrine dépendra de la capacité des gouverneurs à traduire les recommandations présidentielles en résultats mesurables.

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