La chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis a condamné jeudi 19 février à huit mois de prison un député qui, via les réseaux sociaux, avait critiqué le président Kaïs Saïed après de récentes inondations dans le pays, selon des médias locaux.
Le député Ahmed Saïdani avait été placé en détention début février pour avoir qualifié le président de « Commandant suprême de l’assainissement et de l’évacuation des eaux pluviales », après ses visites sur les lieux sinistrés par des pluies torrentielles, selon les mêmes sources.
Le député, membre du bloc parlementaire de la « Ligne nationale souveraine », affirmait aussi dans cette publication qu’il ne serait « pas surpris » que Kaïs Saïed « oublie parfois qu’il est président, tant il passe ses journées à réfléchir entre les tuyaux et les lanternes ».
Son avocat, Houssem Eddine Ben Attia, avait indiqué début février qu’il était poursuivi en vertu de l’article 86 du code des télécommunications, prévoyant un à deux ans de prison pour « quiconque nuit intentionnellement à autrui ou trouble leur quiétude à travers les réseaux publics ».
Pour rappel, Ahmed Saïdani avait soutenu le coup de force du président Saïed à l’été 2021 et approuvé la condamnation et la mise en détention des principales figures de l’opposition.
Plusieurs ONG tunisiennes et internationales dénoncent une régression des droits et des libertés dans le pays depuis juillet 2021, lorsque M. Saïed a limogé son Premier ministre et suspendu le Parlement avant de faire élire un Parlement aux pouvoirs fortement restreints.
Depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 2022, qui a considérablement renforcé les prérogatives du président et restreint les pouvoirs du Parlement, des organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains dénoncent une régression des libertés publiques. Elles pointent notamment l’usage croissant de textes pénaux et de lois relatives aux communications pour sanctionner des opinions exprimées en ligne.
AK/ac/Sf/APA

