La visite du président déchu Andry Rajoelina, reçu par le roi de l’Eswatini, ce petit royaume d’Afrique australe, a provoqué l’ire de Madagascar. Mais pour l’Eswatini, cette réaction est « une attaque malavisée ».
Cette photo publiée dans le The Times of Eswatini montrant le roi de Mswati III en train de serrer la main d’Andry Rajoelina, et l’article citant le monarque qui affirme que l’éviction de l’ex-président du pouvoir malgache était « anticonstitutionnelle », a mis le feu aux poudres.

L’ancien chef de l’État malgache s’est rendu à Eswatini avec sa famille, où il a été reçu vendredi 6 février au palais royal de Lozitha par le roi Mswati III. Une rencontre perçue comme ayant une forte portée diplomatique par le pouvoir malgache en place qui l’interprète comme une reprise offensive de l’ex-président, décidé à internationaliser son éviction du pouvoir.
L’ancien président Rajoelina a fui avec l’aide des forces françaises après l’annonce par le colonel Michael Randrianirina du ralliement de son unité, le CAPSAT, aux manifestants contestant le pouvoir. Le chef de l’État en fuite a été destitué par le parlement, ce qui a conduit le CAPSAT à déclarer qu’il avait pris le pouvoir.
Les autorités malgaches par intérim, conduites par le colonel Michael Randrianirina, investi depuis président, ont exprimé leur « condamnation la plus ferme » de cette rencontre officielle. « Cette situation revêt une gravité particulière dans la mesure où la personne concernée exerçait les fonctions de chef de l’État lors des événements tragiques de septembre à octobre 2025 qui ont coûté la vie à environ 30 citoyens malgaches », ont-elles indiqué dans un long communiqué publié samedi sur les réseaux sociaux.
Ce 9 février, le bureau du roi Mswati III a répondu qu’Andry Rajoelina avait souhaité une « intervention » du monarque en tant que vice-président de l’Organe de coopération en matière de politique, défense et sécurité de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Il ne cherchait pas de « protection ou d’intervention » de la part du royaume, a assuré le directeur de la communication du roi, Percy Simelane. La SADC appelle à une réforme constitutionnelle à Madagascar et « non pas à une situation de loi du plus fort » où une unité de l’armée est aux commandes, a-t-il déclaré. « L’attaque visant le peuple d’Eswatini est donc malavisée et malheureuse », a-t-il ajouté.
Tentative de déstabilisation
Dans un communiqué officiel lu par la vice-première ministre de l’Eswatini, Thulisile Dlala, le palais de Lozitha présente Andry Rajoelina comme le vainqueur de l’élection présidentielle de décembre 2023, un scrutin décrit comme crédible par les observateurs et participants.
Pour le gouvernement malgache, ce geste constitue une atteinte grave à la souveraineté nationale et une tentative de déstabilisation politique, alors que le pays, avec l’accompagnement de la SADC, s’est engagé dans un processus de retour à l’ordre constitutionnel. « Madagascar n’a nullement besoin d’initiatives extérieures susceptibles de fragiliser un cheminement déjà jugé sensible », selon les autorités malgaches.
Première apparition publique après sa fuite
Cette apparition publique de l’ex-président malgache était la première depuis qu’il a fui Madagascar.
Le Times of Eswatini a également rapporté que le roi Mswati III avait consulté le bloc régional de la SADC avant cette visite et, qu’après celle-ci, il avait « appelé toutes les forces de l’ordre à Madagascar à rétablir immédiatement la normalité constitutionnelle ».
Mais les autorités malgaches ont rappelé dans leur communiqué que toute tentative de Andry Rajoelina de se présenter comme un représentant légitime de Madagascar était « légalement infondé et politiquement inacceptable ». D’ailleurs, Rajoelina a été déchu de sa nationalité malgache. Le quotidien d’Eswatini relate que toujours selon le communiqué, « une lettre officielle détaillant ces préoccupations a été adressée au Secrétariat de la SADC et au président sud-africain Cyril Ramaphosa, transmettant la gravité de la situation et l’insulte perçue envers les victimes, les jeunes qui ont sacrifié leur vie et leur dignité nationale. »
En décembre, la SADC a enjoint aux autorités malgaches de soumettre, d’ici au 28 février, leur feuille de route pour un retour à la démocratie, incluant de nouvelles élections.
Le colonel Randrianirina s’est engagé à convoquer de nouvelles élections dans les deux ans.
AVEC AFP

