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Guinée : Décès en détention du général Toumba Diakité

Guinée : Décès en détention du général Toumba DiakitéGazeti africa 55
26 mars 2026
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APA, Jeudi 26 Mars 2026

Médecin, ranger, aide de camp, accusé de crimes contre l’humanité, prisonnier célèbre : Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, décédé mercredi 25 mars 2026 à l’hôpital militaire de Conakry, aura été jusqu’au bout un homme que rien ne prédestinait à son propre mythe.

Il avait commencé sa vie en soignant des cœurs malades. Il l’a terminé sous les scalpels de ses confrères, seul, dans un hôpital militaire, loin des siens. Selon les autorités guinéennes, Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, est décédé mercredi 25 mars 2026 à 04h35 à l’hôpital militaire du camp Samory Touré de Conakry, des suites d’une hernie de la ligne blanche étranglée compliquée d’une péritonite aiguë généralisée. Il avait 57 ans.

Né le 30 avril 1968 à Conakry, Aboubacar Sidiki Diakité avait fait ses études de médecine en Guinée avant d’exercer pendant sept ans comme médecin interne au CHU Ignace Deen, en service de cardiologie. C’est un professeur de cet établissement qui l’oriente vers l’armée, voyant en lui une carrure et une autorité naturelle que les couloirs d’hôpital ne suffisent pas à contenir. Il intègre les forces armées en 1993, suit une formation de ranger avec des instructeurs américains, sert comme médecin chef de garnison à Kankan et à Soronkoni, s’aguerrit sur les zones de conflit aux frontières avec le Libéria. Le soldat reste un soignant. Rien ne laisse encore présager la suite.

La nuit du 22 décembre 2008 bascule tout. À la mort de Lansana Conté, Toumba affirme avoir personnellement aidé le capitaine Moussa Dadis Camara à prendre le pouvoir, devançant le général Mamadouba Toto Camara qui s’apprêtait à saisir les rênes du pays. Il devient l’aide de camp du nouveau chef de l’État, homme de l’ombre et bras armé d’un régime qui va rapidement basculer dans la violence.

Le 28 septembre 2009, il est au stade de Conakry. Ce jour-là, plus de 150 personnes sont tuées et des dizaines de femmes violées lors d’un rassemblement de l’opposition. L’accusation, plusieurs années plus tard, le désigne comme le cerveau de la répression. Lui affirme n’être venu que pour protéger des leaders politiques. Trois mois plus tard, le 3 décembre 2009, il tire sur son patron, Dadis Camara, qu’il accuse de vouloir lui faire porter seul la responsabilité des massacres, avant de fuir au Sénégal. Il y vivra dans la clandestinité jusqu’à son arrestation à Dakar le 16 décembre 2016, puis son extradition en Guinée le 13 mars 2017.

Le procès, qui s’ouvre en 2022, lui offre une tribune inattendue. À la barre du tribunal criminel de Dixinn, en octobre 2022, celui que l’opinion avait surnommé « Lucifer incarné » se révèle disert, érudit, récitant des versets coraniques, contestant méthodiquement les charges retenues contre lui.
« Le nom de Toumba inspirait déjà la crainte, la terreur. Alors il fallait qu’il prouve aux hommes qu’il était un humain », résume son avocat Me Paul Yomba Kourouma. La démonstration agace ses co-accusés mais retourne une partie de l’opinion : en fin d’année 2022, toujours derrière les barreaux, il remporte le vote de la personnalité de l’année d’un média privé guinéen.

Condamné en juillet 2024 à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité, il ne désarme pas. Il fonde depuis sa cellule le Parti démocratique pour le changement et se déclare candidat à la présidentielle de décembre 2025, avant que la Cour suprême ne rejette sa candidature. En février 2026, une fouille à la Maison centrale de Conakry révèle en sa possession téléphones, substances psychotropes et armes blanches. Il est transféré à la Maison d’arrêt de Coyah le 10 février.

Sa santé se dégrade rapidement. Un rapport médical du 4 mars 2026, établi par des spécialistes du CHU Ignace Deen — l’hôpital de sa jeunesse — signale des douleurs abdominales, une constipation chronique et des troubles du sommeil. Dans la nuit du 23 mars, un malaise brutal impose son transfert en urgence à l’hôpital militaire. Sa famille, tenue à l’écart depuis son transfert, publie dans la journée du mercredi une demande officielle de preuve de vie. Elle arrive trop tard.

Toumba Diakité est le deuxième grand condamné du procès du 28 septembre à mourir en détention, après le colonel Claude Pivi, condamné à la perpétuité, décédé en janvier 2026. Avec lui disparaît l’un des derniers témoins directs d’une tragédie nationale dont la Guinée peine encore à refermer les plaies.

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