Ahraminfo , Jeudi, 26 février 2026
Malgré une stabilisation macroéconomique encourageante et le déblocage de nouveaux fonds, le FMI appelle l’Egypte à accélérer ses réformes structurelles et ses privatisations pour garantir une croissance durable d’ici 2026.
Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé les cinquième et sixième revues du programme de réformes économiques de l’Egypte au titre de la Mécanisme élargi de crédit (MEDC) de 8 milliards de dollars, ainsi que la première revue liée à la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) de 1,3 milliard de dollars.
L’institution internationale n’a cependant pas encore publié les rapports des experts détaillant l’analyse de la santé de l’économie égyptienne.
Cette décision, annoncée mercredi 25 février par le FMI, permet le déblocage d’environ 2,273 milliards de dollars de nouveaux financements.
Cette étape permet aux autorités égyptiennes de mobiliser immédiatement environ 2 milliards de dollars dans le cadre de la MEDC et 273 millions de dollars au titre de la FRD.
Selon le Fonds, le montant total des tirages effectués par l’Egypte s’élève désormais à environ 5,207 milliards de dollars.
Initialement approuvé le 16 décembre 2022 pour une durée de 46 mois, le Fonds a annoncé que l’accord au titre de la MEDC a été prolongé de deux mois, jusqu’au 15 décembre 2026.
Réalisations et progrès
Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion du Conseil d’administration, le FMI a salué l’amélioration de la situation macroéconomique de l’Egypte.
« Les mesures de stabilisation prises par les autorités continuent de porter leurs fruits », a précisé le directeur général adjoint et président par intérim du Fonds, Nigel Clarke.
Selon lui, la croissance économique se redresse, la politique monétaire restrictive a contribué à réduire l’inflation et la position extérieure s’est améliorée, soutenue par la flexibilité du change et les flux de capitaux étrangers.
Le rapport du FMI précise que la reprise économique généralisée a porté la croissance du PIB réel à 4,4 % pour l’exercice 2024/25, tandis que l’inflation a marqué un net repli pour s’établir à 11,9 % en janvier 2026, soutenue par des resserrements monétaire et budgétaire.
Le déficit de la balance courante, qui trace les flux en devises entrant et sortant du pays, s’est encore réduit pour atteindre 4,2 % du PIB, grâce à la solidité des transferts de fonds des expatriés et des recettes touristiques.
En même temps, les marchés « ont de plus en plus confiance », marquée par la réussite de l’émissions des outils de dettes sur le marché international, des investissements étrangers et les rémittences des Egyptiens de l’étranger, tous deux à des niveaux records.
L’amélioration de la position extérieure, conjuguée à la flexibilité du taux de change, a permis de porter les réserves brutes de 54,9 milliards de dollars en décembre 2024 à environ 59,2 milliards de dollars en décembre 2025, selon le FMI.
Les performances budgétaires se sont également améliorées, portées par une réduction de l’investissement public et une hausse des recettes fiscales, bien que l’excédent primaire soit resté inférieur aux objectifs du programme en raison de manque de cession d’actifs initialement prévus.
Retards, défis et recommandations
Le Fonds a néanmoins averti que l’implémentation des réformes structurelles prévues avaient été « inégales » et que les efforts pour réduire la présence de l’Etat dans l’économie, notamment l’avancement du programme de cessions d’actifs, avaient été « plus lents » que prévu.
Parallèlement, les niveaux élevés de la dette publique et des besoins de financement brut continuent de restreindre l’espace budgétaire et de peser sur les perspectives de croissance à moyen terme.
Selon le Fonds, la priorité de l’Egypte est d’opérer une transition vers un modèle de croissance durable piloté par le secteur privé, conformément au Récit national.
« Le rythme des réformes devrait s’accélérer, notamment par une réduction de l’intervention étatique, le désinvestissement et la garantie d’une concurrence équitable », a indiqué le communiqué du FMI.
Selon Nigel Clarke, le maintien d’un régime de change flexible est primordial pour éviter la réapparition de déséquilibres extérieurs. « Les interventions de la BCE doivent être transparentes et limitées à la correction de conditions de marché désordonnées », a-t-il souligné.
Pour le FMI, l’Egypte doit mener à bien son processus de désinflation, renforcer la mobilisation des recettes intérieures et mettre en œuvre une stratégie globale de gestion de la dette, tout en consolidant les dépenses sociales afin de protéger les populations les plus vulnérables.
« Le renforcement de la gouvernance et de la concurrence dans le secteur bancaire demeure une priorité », a averti Clarke, soulignant que les pratiques de gestion des risques dans les banques publiques doivent être consolidées « rapidement ».
Mieux gérer la dette
Pour assainir ses finances, le Fonds souligne que l’Egypte doit augmenter durablement ses revenus et mieux gérer sa dette. La priorité est d’élargir l’impôt en supprimant certaines réductions de taxes (notamment sur la TVA) et en luttant contre la fraude fiscale afin de dégager de l’argent pour le développement et les aides sociales. Il est donc crucial d’appliquer toutes les nouvelles mesures fiscales du gouvernement.
Enfin, pour stabiliser la dette, l’Egypte doit être plus transparent sur ses dépenses, mieux surveiller les organismes publics et accélérer les privatisations, selon le communiqué.
Le Fonds souligne que les risques restent élevés, surtout à cause des tensions régionales, des conditions financières mondiales difficiles et du retard de certaines réformes.
A l’inverse, l’économie pourrait être boostée par une reprise au Canal de Suez, une hausse de la production de pétrole et de gaz, ou par les grands projets financés par les pays du Golfe qui attirent des investissements étrangers.
La Facilité pour la résilience et la durabilité
La mise en œuvre de la FRD, qui soutient les réformes visant à accélérer la décarbonation, renforcer la gestion des risques environnementaux et accroître la résilience climatique, progresse de manière satisfaisante, a noté le FMI.
« Les autorités ont finalisé deux mesures de réforme majeures : la publication d’un calendrier d’exécution des objectifs en matière d’énergies renouvelables et l’émission d’une directive imposant aux banques de surveiller et de déclarer leur exposition aux risques de transition climatique », a précisé le Fonds monétaire international.

