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Interview – Narcisse NGANCHOP, homme politique:  » Puisque Paul Biya s’est accaparé la victoire de l’élection présidentielle, aucune nouvelle élection ne doit avoir lieu sans une réforme préalable du système électoral »

Interview – Narcisse NGANCHOP, homme politique:  » Puisque Paul Biya s’est accaparé la victoire de l’élection présidentielle, aucune nouvelle élection ne doit avoir lieu sans une réforme préalable du système électoral »Gazeti africa 55
9 janvier 2026
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Par La Rédaction

Cet homme Politique Camerounais réfugié en Turquie qui est par ailleurs,  Président national du PASTEF PACTEF entendu ; «  Patriotes Africains du Cameroun pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité », a accordé un entretien à bâtons rompus à Gazeti Africa55.

Bonjour Monsieur Narcisse Nganchop, comment allez-vous ?

 Un proverbe africain enseigne ceci : « Même lorsque tout va mal, un homme digne doit savoir dire que tout va bien, afin de ne pas offrir sa détresse en spectacle. » Je pourrais donc vous répondre par convenance que tout va bien. Mais vous êtes journaliste, et votre métier est d’enquêter, d’observer, de lire entre les lignes. Vous pouvez donc, sans peine, deviner l’état moral d’un homme injustement traqué, loin de sa patrie, privé de liberté de mouvement, et dont la seule faute est d’avoir refusé le silence face à l’injustice. Je tiens debout. Non parce que la situation est facile, mais parce que je crois encore en la vérité, en la justice, et surtout en mon peuple.

 Qu’est-ce qui vous oppose justement aux services de l’immigration turque ?

En toute honnêteté, je ne suis pas en mesure d’indiquer avec certitude les raisons exactes de l’acharnement administratif dont je fais l’objet de la part de certains services de l’immigration turque. Toutefois, des faits précis méritent d’être rappelés. Les premières pressions administratives à mon encontre sont apparues dans la province d’Edirne dès que j’ai officiellement déclaré des manifestations pacifiques pour dénoncer la situation politique et les violations des droits humains au Cameroun. Par la suite, lorsque j’ai commencé à interroger la responsable du bureau de la protection internationale sur le blocage inexpliqué de mon dossier de réinstallation vers un pays tiers alors même que des réfugiés afghans, syriens et iraniens bénéficiaient de procédures accélérées la situation s’est brusquement dégradée. Les choses se sont aggravées lorsque j’ai publiquement dénoncé le traitement réservé aux Africains en Turquie. Brutalités policières documentées, humiliations, comportements méprisants de certains fonctionnaires de l’immigration. Ces faits sont étayés par des preuves. À partir de là, j’ai subi une accumulation de restrictions : impossibilité d’effectuer des retraits bancaires, refus de permis de déplacement à l’intérieur du territoire turc, isolement administratif total. Tout concourt à faire croire à une volonté manifeste de m’étouffer moralement et administrativement.

Pourquoi la justice a-t-elle ignoré les clarifications de votre compagne, qui a pourtant affirmé n’avoir jamais été menacée par vous ?

Cette décision demeure, à ce jour, incompréhensible, y compris pour mes avocats. Le juge pénal a délibérément écarté le témoignage clair et sans ambiguïté de ma compagne, laquelle a affirmé n’avoir jamais porté plainte contre moi, n’avoir jamais été menacée, car, il s’agissait de dispute de couple par message WhatsApp et s’être officiellement désistée de toute procédure prétendument engagée en son nom par le procureur dont elle à dénoncer l’attitude. Elle a, de surcroît, attiré l’attention du tribunal sur les erreurs manifestes de traduction contenues dans certains messages produits au dossier. En droit, en l’absence de poursuites du ministère public et après le désistement explicite de la plaignante, le juge aurait dû prononcer la clôture pure et simple du dossier. Or, contre toute logique juridique, il a choisi de me condamner avec sursis. Cette condamnation ressemble davantage à une pièce administrative destinée à justifier a posteriori une décision illégale de l’immigration qu’à une véritable décision de justice. Je laisse le peuple turc, tout comme le peuple camerounais, juger par lui-même de cette troublante affaire.

Quelques-uns accusent le pouvoir de Yaoundé de manœuvrer en coulisses pour votre extradition…

J’ai reçu, à plusieurs reprises, des messages de menaces émanant de personnes se revendiquant comme soutiens du régime de Paul Biya, m’annonçant clairement leur intention de me faire arrêter et ramener de force au Cameroun. Mais l’élément le plus troublant reste un appel téléphonique anonyme reçu d’un diplomate de l’ambassade du Cameroun en Turquie. Cet homme, en désaccord avec les manœuvres en cours, m’a averti de manière urgente que toutes les dispositions étaient prises pour mon arrestation par les services de l’immigration turque, en coordination avec l’ambassade du Cameroun, en vue de mon rapatriement forcé. Il m’a même été précisé que cette opération serait pilotée au niveau de l’ambassade par un proche parent de Monsieur Ferdinand Ngoh Ngoh. À partir de cet instant, le doute n’était plus permis.

Après votre SOS relayé par Le Courrier du Cameroun et Maître Alice Nkom, votre situation a-t-elle évolué ? Êtes-vous toujours sous la menace d’une extradition ?

 En réalité, rien n’a fondamentalement changé. Ma situation demeure extrêmement précaire. Certes, la Cour constitutionnelle turque a provisoirement suspendu la décision administrative illégale visant ma déportation. Mais cette suspension ne signifie pas la fin du danger. Je continue de croire en la justice. La Cour constitutionnelle est, en principe, la maison des sages. Toutefois, lorsque j’observe la condamnation pénale prononcée malgré le désistement de la plaignante, et lorsque je prends connaissance de la décision du juge administratif autorisant ma déportation au motif absurde que je n’aurais pas prouvé le danger que je cours au Cameroun, je ne peux qu’exprimer une profonde inquiétude. En dernier recours, il restera la Cour européenne des droits de l’homme. Mais en attendant, je vis comme un fugitif dans un pays où je n’ai jamais commis la moindre infraction. Et je vous laisse imaginer ce qu’il adviendrait si j’avais réellement enfreint la loi.

En tant qu’homme politique, quel regard portez-vous sur la situation sociopolitique du Cameroun, votre pays ?

 La situation politique du Cameroun m’inquiète profondément, et je pèse mes mots. Nous sortons d’une élection présidentielle marquée, une fois de plus, par un véritable hold-up électoral orchestré par le régime de Paul Biya. Malgré l’usure du pouvoir, malgré un bilan catastrophique sur tous les plans économique, social, sécuritaire et moral ce régime refuse obstinément de quitter les rênes de l’État. Il s’accroche au pouvoir, quitte à précipiter le pays dans l’abîme, quitte à sacrifier des générations entières de Camerounais. C’est une attitude d’une cruauté froide, presque cynique. Dans le même temps, l’opposition camerounaise a été méthodiquement affaiblie. Ceux qui ont été propulsés au-devant de la scène politique sont, pour beaucoup, soit des relais du régime, soit des acteurs davantage préoccupés par leurs intérêts personnels que par le salut national. C’est précisément pour rompre avec cette logique que notre mouvement, le PACTEF – Patriotes Africains du Cameroun pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité, s’est construit autour d’un slogan clair et exigeant: « Don de soi pour la Patrie ». Le Cameroun a besoin d’une nouvelle génération de leaders politiques: déterminés, désintéressés, animés exclusivement par le bien commun. Des exemples existent. Le Burkina Faso démontre aujourd’hui qu’une volonté politique forte peut redonner dignité et espoir à un peuple. La Chine, avec son modèle fondé sur la discipline, la planification et la primauté de l’intérêt collectif, montre également qu’un État fort peut sortir des millions de citoyens de la misère. Nous croyons à un socialisme africain moderne, humaniste, où l’être humain est placé au centre des priorités : de l’eau potable pour tous, plutôt que du champagne pour quelques privilégiés. Mais rien de durable ne se construira sans discipline, sans rigueur, sans sens de l’État. Le peuple camerounais doit aussi sortir du complexe dans lequel on l’a enfermé. Un pays ne se développe pas parce que ses dirigeants ont étudié à Harvard, à Paris ou ailleurs. Nos plateaux de télévision regorgent de professeurs agrégés et de docteurs. Le régime Biya est majoritairement composé d’intellectuels de haut niveau. Pourtant, le Cameroun figure parmi les derniers pays d’Afrique en matière de développement. Il y a là un problème grave, un problème structurel. Nous, au PACTEF, avons des solutions concrètes. Qu’on nous donne simplement des garanties de sécurité pour rentrer au pays, et les Camerounais jugeront sur pièces. Même la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest peut être réglée en un mois : c’est une question de volonté politique. Il en va de même pour la situation dramatique des Camerounais de la diaspora, trop longtemps ignorés.

Dites-nous quelques mots sur le remaniement ministériel qui reste toujours attendu, dans votre pays…

L’absence prolongée d’un nouveau gouvernement est très probablement liée à la crise postélectorale que traverse le pays. Le régime semble chercher à gagner du temps, dans l’espoir de convaincre Monsieur Issa Tchiroma Bakary qui revendique la victoire à l’élection présidentielle d’intégrer un hypothétique gouvernement dit d’union nationale. Par ailleurs, et cela répond au second volet de votre question, l’âge avancé du président Paul Biya constitue un facteur déterminant. Ce qu’il pouvait décider et exécuter en quelques semaines autrefois lui demande aujourd’hui des mois entiers. Cette lenteur institutionnelle arrange ceux qui gravitent autour de lui, ceux qui refusent de céder leurs postes, leurs privilèges, leurs avantages. La situation actuelle leur est favorable. Ils ne pensent pas à la République. Ils ne pensent pas au Cameroun. Ils pensent uniquement à eux-mêmes.

Qui a gagné l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, dans votre pays…

C’est une question à laquelle même un enfant dans la rue au Cameroun répondrait sans la moindre hésitation. Selon les chiffres réels, Issa Tchiroma Bakary a remporté cette élection. Pas selon les chiffres du Conseil constitutionnel, qui n’est plus qu’une chambre d’enregistrement des hautes instructions du régime en place. Soyons clairs! le président Paul Biya ne peut plus gagner une élection libre et transparente au Cameroun, même face à un candidat étranger.

Quel regard posez-vous sur ELECAM et sur le Conseil constitutionnel ?

Je fais partie de ceux qui estiment qu’une réforme profonde et globale du système électoral camerounais est devenue une urgence nationale. Cela concerne aussi bien le code électoral que les organes chargés de son application, notamment ELECAM. Une révision consensuelle du système électoral s’impose. Quant au Conseil constitutionnel, le malaise est encore plus profond. Il est inacceptable qu’une institution aussi prestigieuse, censée être la maison des sages, soit infestée de militants déclarés du parti au pouvoir. Le Conseil constitutionnel actuel ne reflète en rien les attentes du peuple camerounais. Notre pays a besoin d’une juridiction constitutionnelle véritablement indépendante, affranchie de l’exécutif et du président de la République.

 L’opposition doit-elle, en l’état participer aux prochaines élections législatives et locales avec le code électoral actuel ?

 Deux options se présentent : Le boycott pur et simple, ou la participation en sachant pertinemment que le régime procédera, comme à son habitude, à une confiscation des résultats par la fraude électorale. Si je devais conseiller les formations politiques actuellement en mesure de présenter des candidats, je leur dirais ceci : Puisque Paul Biya s’est accaparé la victoire de l’élection présidentielle, aucune nouvelle élection ne doit avoir lieu sans une réforme préalable du système électoral. Il faut notamment permettre aux jeunes de 18 ans de voter sans entraves, et instaurer un mécanisme de publication des résultats sous 72 heures maximum, afin d’éviter les manipulations au niveau d’ELECAM. Malheureusement, certains sont pressés d’aller aux élections, non pour servir le peuple, mais pour obtenir quelques postes de conseillers ou de députés et accéder à la mangeoire, pendant que le peuple manque de tout. En réalité, le peuple camerounais est utilisé, puis marginalisé. Mais je le dis avec conviction !!! lorsque nous aurons l’occasion de rentrer au pays, nous bouleverserons profondément le paysage politique camerounais.

 Que cache le silence d’Emmanuel Macron, qui il faut clairement le préciser, n’a toujours pas félicité Paul Biya ?

Le président Macron semble avoir tiré les leçons de certaines erreurs passées. Cependant, nous avons tous constaté la présence de l’ambassadeur de France au Conseil constitutionnel camerounais, alors que plusieurs diplomates occidentaux avaient choisi de boycotter. Le silence de Paris est donc un message subtil. « Nous ne sommes pas contre vous, mais ne comptez pas sur nous pour légitimer votre hold-up électoral. » À partir du moment où la France ne condamne pas ouvertement le régime, elle estime que ses intérêts sont préservés. C’est un jeu d’équilibre cynique : ce que vous faites ne nous concerne pas, tant que nos intérêts sont saufs, mais ne nous demandez pas de bénir vos forfaitures. Merci pour vos questions. J’espère sincèrement que notre prochaine interview se fera en face, au Cameroun, au siège du PACTEF – Patriotes Africains du Cameroun pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité.

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