Avec Seneweb
En se dotant d’un siège très visible sur la Vdn avec une grande photo de Bassirou Diomaye Faye, la coalition Diomaye président marque davantage sa distance vis-à-vis de Pastef. Le Chef de l’État Bassirou Diomaye Faye exprime ainsi son autonomie politique face à son (ancien ?) mentor Ousmane Sonko. Le pari peut être gagnant, mais il est surtout risqué. Il est risqué dans la mesure où face à Pastef, la coalition de Diomaye part avec deux à trois handicaps.
D’abord sur le plan personnel. Entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye la popularité est sans commune mesure. Certes, Bassirou Diomaye Faye a gagné en popularité en devenant président de la République. Mais avant sa désignation comme candidat de Pasef et son élection, il était inconnu de la majorité des Sénégalais. Tout le contraire de Sonko dont l’aura dépasse les frontières. Qu’on l’aime ou pas, Sonko est une vraie figure, son discours porte et suscite espoir et adhésion auprès des Sénégalais et au-delà.
Il dispose donc d’un capital politique qu’il peut mettre à la disposition de Pastef. L’homme en est tellement conscient qu’il a affirmé publiquement que beaucoup de maires n’auraient pas gagné leur localité sans lui. A la présidentielle, aux locales comme aux législatives, il a sillonné le pays pour servir de caution. Bien qu’étant président, Diomaye Faye ne dispose pas de ce poids politique pour le mettre sur la balance électorale.
Ensuite, le Pastef reste un parti qui dispose de base solide dans le pays. Il est évident que le maillage reste incomplet car Pastef reste faible dans de grandes villes comme Kaolack et Saint-Louis. Mais il n’en demeure pas moins que c’est une formation dotée de responsables qui ont une base chez eux à l’image de Birame Souley Diop à Thiès et El Malick Ndiaye à Daara, sans compter la diaspora acquise à la cause de Sonko.
Coalition de poids plume ?
Une telle configuration fait défaut à la coalition Diomaye président. Pour l’instant, les têtes qui émergent sont de fortes personnalités, mais sans base politique. Mimi Touré, la coordinatrice de la coalition, peut-être très utile en termes d’organisation et de structuration. Elle peut beaucoup servir dans les débats contradictoires, mais elle n’apporte que très peu de voix.
On se souvient encore qu’en tant que premier ministre, elle était allée à l’assaut de Grand Yoff, fief de Khalifa Sall lors des locales de 2014, avec comme objectif d’arracher la mairie de Dakar. Mais en dépit de tous les moyens mis à sa disposition, elle avait perdu à la fois Dakar et Grand Yoff. Elle a tenté par la suite de s’exiler à Kaolack pour y construire sa base politique, sans succès.
Ce constat fait sur Aminata Touré est aussi valable pour Abdourahmane Diouf. De par sa posture intellectuelle, il reste un atout sur les plateaux de télévisions. Mais le patron de Awalé n’a pas d’attache populaire, ni à Rufisque, ni ailleurs. Or, au Sénégal, la scène politique est tellement polarisée que l’argumentation ne sert pas à grand-chose.
Lors des législatives de 2022, la coalition composée de Thierno Alassane Sall, Abdoul Mbaye et Abdourahmane Diouf a eu des idées généreuses. Mais à l’arrivée, ils n’ont récolté que des miettes ; un seul député. Il a suffi d’une sortie de Sonko pour brouiller tout le message et faire tomber le groupe dans le piège de la riposte et des invectives.
La leçon qu’il faut surtout en tirer est qu’une coalition électorale n’est pas un agrégat de personnalités mais plutôt de responsables ayant une base politique solide. Dans cette configuration ci-devant décrite, il n’est pas sûr que les transfuges de l’APR venus rejoindre Diomaye président puissent peser sur la balance.
Les atouts de Diomaye
L’autre problème est que le profil des derniers venus et de ceux qui viendront après ne cadre pas avec le projet vendu aux Sénégalais. Ce recyclage pourrait donner l’impression d’un retour de ceux qui incarnaient le système il n’y a guère longtemps, même si ce point se trouve aussi au Pastef, mais avec une moindre mesure.
Toutefois, malgré ces handicaps, le pari peut aussi être gagnant. En Afrique, être au pouvoir offre un atout considérable en politique. En Gambie, Adama Barro est arrivé au pouvoir à la tête d’une coalition dont il n’était qu’une variable d’ajustement. Une fois aux manettes, il s’est imposé face à ses anciens alliés au point de se payer un deuxième mandat. Le président Diomaye Faye dispose de leviers politique, financier, social, juridique et administratif, pour renverser la tendance.
Avec son pouvoir de nomination, il peut faire mal. Aujourd’hui, rien n’indique qu’en cas de départ du pouvoir, ces ministres et DG de Pastef suivront Ousmane Sonko. L’attitude de quelques alliés comme Mary Teuw Niane et Serigne Guèye Diop en dit long, en plus du silence de certains responsables. Le président Faye pourra aussi compter sur un éventuel bilan positif pour positionner sa formation.
En outre, l’APR a pu conquérir le pouvoir en trois ans d’existence en étant dans l’opposition. C’est plus facile lorsqu’on est au pouvoir.
Cependant, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours Pastef avant de l’avoir tué. Diomaye est bien placé pour le savoir. Barthélémy Dias, l’ancien maire de Dakar, croyait ériger son pouvoir sur les centres de Pastef. Finalement, c’est le parti de Sonko qui a construit le sien sur sa dépouille politique.
Auteur: Mbaye Sadikh

